Une Barquette de Fraises…

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Etam Cru’s Moonshine Mural in Richmond, Virginia USA, 2013

Le 30 Décembre 2016, sur un vol United LAX – IAH.

Une avalanche d’émotions. Un torrent soudain et incompréhensible de sécrétions lacrymales. Un flux intarissable. Des yeux pourpres, des joues rosâtres et une tête confuse essayant tant bien que mal de fuir les regards indiscrets des passagers.

Des pensées vagabondes qui se ruent dans son esprit, interrompues ça et là par des moments de répit temporisés par une chanson particulière qui la transporte vers un souvenir d’antan, un lieu, un parfum, une rencontre, une rupture, … un passé lointain glorifié par la magie du recul.

Un instant, la voilà souriante, elle chantonne. Un autre, elle revient à son esprit torturé mais, d’apparence sereine. La séance de « mind-numbing » achevée, elle décide de « dig deep » : de plonger au tréfonds de ses pensées tonitruantes. De quoi se soucie-t-elle? Pourquoi ce visage larmoyant ? Ce n’est tout de même pas l’effet adieu à bébé Leila? Combien même elle souffrirait de troubles de l’attachement elle vient tout juste de la rencontrer…

Non,” une petite voix lui répond:

C’est toi qui as enfin délié ces émotions tant ensevelies pour faire le deuil de ta vie de jeune femme émancipée, autonome, active et comblée au pays de l’oncle Sam pour t’embarquer dans une aventure incertaine dans ton pays natal.”

Cette notion d’identité, de nationalité, d’ancrage éthnique, d’origine, de « home sweet home », d’apparence anodine et sans originalité, est devenue, au fil des ans, d’une complexité alarmante; même pour la maroco-marocaine proclamée qu’elle était. Elle, comme la majorité de ses compatriotes, adore le voir d’en haut son beau Maroc, si merveilleusement capturé par les caméras de Yann Arthus-Bertrand…le vivre en bas, et au quotidien est, comme dirait John “a whole different ball game.”

Elle essaie de faire appel, une énième fois, à Dame Raison qui lui dresse le diagnostic suivant:

Ma chère, 

  • Tu déplores le fait de devoir bientôt vivre dans ta chambre de lycéenne que tu avais quittée à 18 ans, tel un CDD en pensant n’y revenir que pendant les visites, fêtes et autres réunions familiales… ne te doutant en aucun lieu qu’en fait c’était plutôt un CDI avec une reconduction tacite ad libitum. 
  • Tu appréhendes le regard inquisiteur, le ton moralisateur, les discours paternalistes, et les conversations envahissantes d’un entourage omniscient. Un entourage qui de par sa bienveillance veut prescrire tes goûts, dicter tes choix vestimentaires, orienter tes rêves, adapter tes attentes, repenser tes fréquentations et arranger ton emploi du temps ; en somme, retracer ta vie sous prétexte que tu ne sois toujours pas maîtresse de ta destinée car épouse de personne.
  • Tu redoutes leurs homélies et autres injonctions qu’il est grand temps de trouver un bon parti, c.-à-d. un époux convenable – encore faut-il définir cet épithète- car à l’aube de tes trente ans tu es dépeinte “personne à risque”… à risque de quoi vous demandez-vous ? Et bien, à risque d’expirer telle une barquette de fraises appétissantes, fraîches et pulpeuses mais dotées d’une « shelf-life » extrêmement limitée. Et donc, de la même manière, tu dois faire en sorte de sortir du lot pour qu’on puisse te remarquer, que tu sois à portée de vue (de main?) ostentatoirement et stratégiquement placée sur le rayon pour ne pas finir dans la catégorie “BUY ONE GET ONE FREE.”

Non, que nenni. Affublez-la d’arrogante, de naïve ou de folle; mais, elle ne se résignerait jamais à se comparer à une barquette de fraises combien même elle adore ces fruits de jouvence pleins d’antioxydants. Non, elle, c’est une toile dont les couleurs changent au fil du temps et dont la valeur s’apprécie avec l’âge; une toile strictement réservée aux plus fins curateurs et incessamment courtisée par les plus sensibles des connaisseurs…

Et là, la petite voix la rattrape:

“Réveille-toi, arrête tes élucubrations … L’avion va atterrir et avec lui il est temps que tu remettes pieds et tête sur terre. “

Mais, comme notre protagoniste a du mal à garder les pieds sur terre, hirondelle migratrice dans l’âme, elle décide de reprendre son envol. Ainsi, elle s’achète un IAH-MTY, destination le Mexique. Décidément, l’atterrissage lui sera toujours rude. Mais, en attendant, elle le reportera jusqu’à ce que son courage la rattrape… ou… sa carte de crédit.

 

 

 

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