Présent Progressif

Bien installée dans le siège de votre voiture, on se prépare à attaquer une bonne journée de travail bien productive. On s’imagine déjà à l’entrée de l’entreprise accueillant Managers et collègues avec un large sourire. Remarque : Managers puis collègues par ordre d’importance. Pour cela, on met toutes les conditions de son côté pour favoriser nos chances de passer une bonne journée. Tout en faisant chauffer le moteur, on allume la Radio sur Luxe Radio. Parce qu’on appartient au segment cultivé, ou du moins on croit l’être. On sirote deux trois petites gorgées de café préalablement versé dans le mug Starbucks. Parce qu’on est constamment à la bourre, ou du moins c’est notre impression. En plus, dans les films Américains, tous les JCA (jeunes cadres actifs) emportent leurs mugs Starbucks partout. Parce qu’on est JCA aussi. Après un dernier clin d’œil au rétro disant ‘you’re perfect looking like Carry Bradshaw on the wallstreet episode’, on pose Le sac derrière. Non ce n’est pas une erreur de frappe. Je dis bien Le et non le. Le pour signifier l’ultime, l’unique, le particulier. C’est le premier sac acheté selon la règle 5/3 (prix à 5 chiffres, 3 zéros). C’est La preuve, Le signe, L’icône qui incarne le succès. En plus, on ne jette pas Le Sac. On le POSE derrière, bien en sécurité.

Ainsi donc, on démarre.

La porte du garage ne s’ouvre malheureusement pas sur une foule de gens qui se précipitent vers les escaliers du métro. Non. Ni sur des parcs vides d’ailleurs. Non. Parce que dans les films Américains, tous les JCA courent vers le métro à cette heure-ci. Mais végétons dans notre état de dénégation, c’est mieux ainsi.  Deux dos d’âne et trois faussés plus tard, le présent se fait de plus en plus ressentir. En plus, dans les films Américains, on a l’impression que seul ton travail t’attend. Mais en l’occurrence, tout le monde t’attend contre toute attente. Le gardien attend ton klaxon pour se faire payer. Le boulanger t’attend pour mettre son tablier et commencer à travailler. Le conducteur devant toi dans un feu rouge attend ton signal pour démarrer. Les piétons attendent que tu t’arrête pour traverser la route. Les mendiants attendent ton aumône. On a l’impression que tout le monde est en train d’attendre sauf nous mine de rien. Oh oui, faut pas oublier, nous nous sommes constamment à la bourre.

Mais HADOUK tout particulièrement nous attendent aussi. Ils viennent dans toutes les formes : petits, ou grands, larges ou fins, masculins ou féminins, you name it. Ils nous guettent comme le lion guette son prochain repas. Ils ont l’air affamé aujourd’hui. Ce n’est même pas Ramadan. Leurs yeux, pourtant crevés et creusés, sont grands ouverts. Rien ne leur échappe. Ils flairent la peur et l’hésitation. Armés de leurs regards insistants qui ne cillent pas, ils sèment la peur. Ils sont partout comme des champignons. Non! Comme ces barrages disséminés par l’occupation sioniste dans toute la terre palestinienne dont nous parle nos amis Palestiniens mais dont on ne parle jamais sur nos médias. Mais bon. Rien n’existe plus sauf cet instant là précis. Alors, on le fixe aussi de ce même regard qui ne cille pas pour marquer fermement nos droits de passage. Et comme ça on passe HADAK, le premier barrage sans sifflement, ni signe de la main pour se ranger sur le côté.

Non mais ne portons pas de jugements sur HADOUK les flics car ce n’est pas de leurs fautes. Non ce n’est pas de leurs fautes. Ce n’est pas de leurs fautes qu’ils ont été enlevés de leurs villes natale, où ils ont grandit, Marrakech ou Meknès, pour fliquer à Casa. A Casa ils sont en état de frustration prédisposés à l’agression. Ils ne connaissent pas la mentalité, ni le mode de vie. Ils ne connaissent personne. Plus important encore, c’est que personne ne les connait. On ne peut pas lui dire ‘wakha fik katssfrr lnash floush, daba ngoulha lbbak’. Et Ce n’est pas de leurs fautes non plus qu’on lui mette sur le dos la responsabilité de remplir la caisse du makhzen chaque fin du mois.

Cela dit, un grand Salut à tous nos policiers honnêtes, qui se réveillent chaque matin, au service des citoyens, et qui honorent leurs uniformes. Sans eux, nous ne passerons jamais le rond point Ghandi. « Messieurs vous n’êtes pas HADOUK dont je parle. Mais vous êtes raaares » J’en ai rencontré trois dans ma vie de t-huit ans (je ne vais pas vous révéler mon âge tout de même).

Je conclus sur cette note positive, en rappelant que nous ne devons pas perdre espoir. Ne soyons pas défaitistes.  Accompagnons nos critiques de solutions. On ne se débarrasse pas de la nationalité Marocaine facilement. Servons donc notre pays du mieux qu’on peut. Nous ne vivons pas dans un présent imparfait, mais plutôt dans un présent progressif.

La voix de Melanie Frerichs-cigli sur Luxe Radio prend un ton défensif et m’a ainsi tiré de mes pensées  à cause desquelles j’ai encore loupé la moitié des Matins Luxe. Je réalise que je suis arrivée à la porte du bureau. Encore faut-il dénicher un sourire entre toutes ces réflexions pour l’afficher aux Managers et collègues.

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